Au cœur du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, se construit un réseau de data centers qui pourrait redéfinir la course mondiale à l’intelligence artificielle. Ces installations, situées dans des zones désertiques et isolées, sont au centre des ambitions de Pékin pour devenir leader mondial de l’IA d’ici 2030. Mais derrière cette expansion spectaculaire se cache une question cruciale : ces centres peuvent-ils vraiment accéder aux puces les plus avancées, pourtant interdites à l’exportation depuis les États-Unis ?
Xinjiang : un terrain sensible pour l’IA et la géopolitique
Le Xinjiang est une région sensible, surveillée par les autorités et pointée du doigt pour des violations des droits humains. Les journalistes étrangers qui s’y rendent sont étroitement contrôlés. Pourtant, c’est ici que le gouvernement chinois a approuvé plus de 30 projets d’investissement massifs dans des data centers à la fin de l’année dernière, tous prévoyant l’usage de puces Nvidia de pointe – des puces interdites d’exportation vers la Chine sans licence américaine.
Chiffres clés :
- 39 data centers approuvés dans le Xinjiang et le Qinghai
- Plus de 115 000 puces Nvidia H100 et H200 prévues
- Investissements estimés à plusieurs milliards de dollars
Ces projets soulèvent un dilemme : comment ces entreprises chinoises pourraient-elles légalement obtenir des puces soumises à une interdiction stricte ? S’agit-il de bluff ou d’un contournement réel de la législation ?
Les puces Nvidia : moteur des modèles d’IA
Les Nvidia H100 et H200 sont le standard industriel pour l’entraînement des grands modèles de langage (LLM). Chaque puce contient près de 80 milliards de transistors et permet de multiplier par trois ou quatre la puissance de calcul par rapport aux meilleurs processeurs chinois locaux. Depuis 2022, leur exportation vers la Chine est strictement limitée pour freiner l’avancée technologique chinoise.
Même si les puces étaient acquises illégalement, leur fonctionnement nécessite l’assistance technique de Nvidia, qui n’est pas fournie.
DeepSeek et la percée chinoise en IA
Malgré ces restrictions, les start-ups comme DeepSeek montrent que la Chine peut rattraper une partie du retard. La société a entraîné son modèle de langage sur des puces légales, mais performantes, et a surpris les marchés mondiaux.
Les documents officiels montrent un intérêt direct de DeepSeek pour les data centers du Xinjiang, qui pourraient théoriquement contenir des H100. L’objectif : non seulement combler le retard technologique, mais aussi positionner la Chine comme leader sur les marchés émergents et les pays du Sud.
Les défis techniques et géopolitiques
Construire des puces locales comparables aux H100 reste un défi monumental. Le fonds d’investissement de 48 milliards de dollars créé par Pékin pour développer le secteur des semi-conducteurs illustre la volonté de l’État, mais les capacités restent plusieurs générations derrière les standards américains.
Selon les experts, la précision requise pour fabriquer ces puces est comparable à un atterrissage sur la lune.
Les États-Unis, de leur côté, continuent de sécuriser leur avance. Nvidia et d’autres acteurs américains investissent massivement dans l’IA et la production de puces, promettant près de 500 milliards de dollars pour renforcer leur leadership.
Comparaison stratégique : Chine vs États-Unis
Si les 115 000 puces annoncées dans le Xinjiang sont effectivement installées, la Chine représenterait encore moins de la moitié des capacités américaines sur des projets comme Stargate, qui prévoit 400 000 puces de génération supérieure.
Pourtant, ce n’est que la pointe de l’iceberg : des dizaines d’autres sites sont en construction à travers la Chine. L’expansion continue et l’ambition stratégique montrent que Pékin ne se contente pas de rattraper son retard, mais vise une influence mondiale dans l’IA.
Vers une course mondiale de l’IA plus serrée
La construction massive de data centers dans le Xinjiang illustre la détermination de la Chine à défier la suprématie américaine en IA. Si ces installations parviennent à obtenir les puces prévues, cela remettra en question l’efficacité des restrictions américaines et accélérera la compétition technologique globale.
La Chine peut-elle réellement combler le fossé technologique et rivaliser avec les États-Unis dans l’IA d’ici 2030 ?







