Si l’on devait citer une entreprise symbolisant la puissance industrielle allemande, BASF s’imposerait sans conteste. Premier producteur mondial de produits chimiques, fondé en 1865, le groupe est présent depuis plus de 150 ans dans plus de 80 pays, avec des filiales sur tous les continents.
Jusqu’à récemment, BASF incarnait le Made in Germany, symbole de qualité, d’innovation et de leadership industriel. Pourtant, son dernier projet majeur — un complexe évalué entre 9 et 10 milliards de dollars — ne verra pas le jour en Allemagne, mais en Chine, à 9 000 km de son siège historique. L’achèvement est prévu pour 2025, et ce choix illustre un basculement historique de l’industrie allemande vers l’Asie.
Cette décision soulève de grandes questions : pourquoi l’industrie allemande s’effondre-t-elle ? Quel rôle jouent la Chine et les États-Unis ? Et quelles sont les perspectives pour l’économie européenne ?
BASF : un géant chimique quitte son berceau
Investissement colossal… hors d’Allemagne
Le complexe chinois de BASF est présenté comme la référence en matière de production durable, mais son implantation hors d’Allemagne envoie un signal fort : le cœur manufacturier de l’Europe n’est plus en Europe. Pour une entreprise née en 1865, c’est un symbole du déclin industriel allemand.
Symbole du déclin industriel allemand
Ce choix n’est pas un incident isolé. Il illustre un malaise structurel profond : le Made in Germany, jadis gage de qualité et d’innovation, perd de sa substance face aux pressions du marché, aux coûts élevés et à la concurrence internationale.
L’Allemagne face à une industrie en stagnation
250 000 emplois perdus en 4 ans
L’industrie allemande traverse une crise majeure. Entre 2021 et 2025, près de 250 000 emplois industriels ont disparu. La production industrielle reste aujourd’hui au niveau de 2005, soit 20 ans de stagnation.
Dépendance aux exportations et coûts énergétiques
Plusieurs facteurs expliquent ce recul :
- Dépendance aux exportations : machines, automobiles et équipements allemands dépendent de marchés étrangers, en particulier la Chine.
- Crise énergétique : la fin du gaz russe a augmenté les coûts de production, obligeant l’Allemagne à recourir au gaz naturel liquéfié, plus cher.
- Pressions géopolitiques et douanières : les droits de douane américains ont réduit les exportations vers les États-Unis.
- Retard technologique : faible investissement en IA, électromobilité et infrastructures numériques.
La Chine : concurrent redoutable et nouvel atelier du monde
Qualité, rapidité et coûts maîtrisés
La Chine a transformé son industrie en superpuissance manufacturière :
- Machines et équipements de qualité proche des standards allemands, mais 30 % moins chers.
- Cycles de production plus rapides, permettant d’innover et de s’adapter au marché plus vite que les entreprises européennes.
- Entre 2020 et 2022, les exportations chinoises vers l’Allemagne ont augmenté de 60 %, tandis que les exportations allemandes vers la Chine ont chuté de 20 %.
Délocalisation allemande : symptôme systémique
Les entreprises allemandes, comme BASF ou des équipementiers automobiles, investissent massivement en Chine, réduisant la production locale et accélérant le transfert industriel hors d’Europe.
L’industrie automobile allemande : une icône vacillante
Délocalisation et dépendance au marché chinois
Des constructeurs comme BMW, Mercedes-Benz et Volkswagen ont misé sur la Chine pour les batteries et les véhicules électriques. Exemple :
- BMW investit 4 milliards d’euros à Shenyang pour un centre R&D hors d’Allemagne.
- Mercedes-Benz développe des véhicules spécifiquement pour le marché chinois.
- Volkswagen multiplie les partenariats locaux pour accélérer sa transition technologique.
Pressions tarifaires et transition vers l’électrique
L’industrie allemande doit aussi faire face à :
- Les droits de douane américains.
- L’augmentation des coûts énergétiques post-Ukraine.
- L’objectif de l’UE d’interdire les moteurs thermiques d’ici 2035.
Face à la concurrence chinoise, la transition vers les véhicules électriques est un défi majeur. Les Chinois maîtrisent rapidement les nouvelles technologies et produisent à moindre coût, creusant l’écart avec les Européens.
Les quatre causes du déclin industriel allemand
- Dépendance excessive aux exportations : un recul des marchés étrangers affecte immédiatement l’emploi et la production.
- Énergie et coûts de production élevés : le remplacement du gaz russe par des solutions coûteuses réduit la compétitivité.
- Pressions géopolitiques et droits de douane : les États-Unis et les sanctions internationales fragilisent les exportations.
- Attachement au vieux modèle industriel : l’Allemagne tarde à investir dans l’innovation, l’IA, les start-ups et la transition énergétique.
Scénarios pour l’avenir : effondrement ou résilience ?
Si la tendance actuelle se poursuit, l’industrie allemande pourrait connaître un effondrement progressif entre 2030 et 2035, reléguant le pays à une économie de services ou de niches.
Une résilience est possible si :
- Des investissements massifs sont réalisés en énergies renouvelables, R&D et digitalisation.
- L’innovation locale est stimulée via les start-ups IA, robotique et automobile électrique.
- La dépendance aux importations est réduite et les chaînes de valeur européennes sont renforcées.
Conclusion : l’Europe face à un choix historique
L’histoire de BASF est révélatrice : l’Allemagne ne perd pas seulement une entreprise, elle voit son modèle industriel migrer vers la Chine.
L’Europe doit décider : relever le défi industriel avec investissements, R&D et talents, ou accepter de devenir spectatrice face à la montée de géants étrangers.
Si vous étiez à la tête de l’Allemagne ou de l’Europe, que feriez-vous pour sauver l’industrie avant qu’il ne soit trop tard ?







