Quand l’orbite basse devient un terrain miné
Le 9 décembre 2025, un satellite de la constellation Starlink de SpaceX a évité une collision à seulement 200 mètres d’un engin chinois fraîchement lancé en orbite basse terrestre (LEO). Ce « near‑miss » orbital, à ~560 km d’altitude, met en lumière l’urgence d’un système de gestion du trafic spatial international et automatisé.
L’enjeu : un espace qui devient trop encombré pour être géré sans coordination stricte, transparence sur les trajectoires (éphémérides) et normes communes.
Incident en orbite : les faits vérifiables
Sommaire de l’événement
- Le 9 décembre 2025, un satellite chinois lancé par une fusée Kinetica‑1 (CAS Space) est passé à ~200 mètres d’un satellite Starlink — une distance dérisoire à ~28 000 km/h.
- L’opérateur SpaceX a publiquement pointé du doigt l’absence de partage préalable d’éphémérides orbitales entre opérateurs.
- CAS Space conteste l’idée d’un manquement réglementaire, affirmant avoir respecté les procédures standards de surveillance.
Ce type d’approche rapprochée n’est pas un incident isolé dans un espace où des dizaines de milliers d’objets actifs et inactifs circulent.
Pourquoi cet incident est un signal d’alarme
Saturation croissante de l’orbite basse (LEO)
Le nombre de satellites actifs en orbite basse a explosé au cours de la dernière décennie :
- ~3 400 satellites en 2020 → ~13 000 en 2025, dont ~9 000 Starlink.
- Projections pour 2030 : jusqu’à 70 000 satellites actifs dans LEO.
Cette congestion des bandes orbitales clés augmente exponentiellement la probabilité de rencontres dangereuses. Chaque rayon de trajectoire partagé ou non partagé multiplie le risque de collision.
Le Syndrome de Kessler : menace systémique
Le Syndrome de Kessler est un scénario bien documenté où une collision génère des milliers de fragments, entraînant d’autres impacts en cascade.
Impact économique et opérationnel
- Une seule collision importante pourrait créer des milliards de débris difficiles à suivre et à éviter.
- En 2025, 144 000 manœuvres d’évitement par Starlink ont été nécessaires rien que sur la première moitié de l’année.
- Chaque avoidance coûte du carburant précieux, raccourcit la durée de vie utile des satellites et augmente les coûts opérationnels.
Manque de coordination : la faille du « New Space »
Absence d’échange d’éphémérides
SpaceX et d’autres opérateurs soulignent que l’absence de partage automatique et standardisé des trajectoires orbitales est la cause première des approches dangereuses.
- Sans standards d’interopérabilité (à l’image de l’aviation civile), les prévisions de collision restent imprécises.
- Des outils comme space‑track.org existent, mais leur adoption globale reste partielle, notamment pour certains États et opérateurs.
Limites des normes actuelles
- Les Accords d’Artemis et autres cadres existants ne couvrent pas tous les acteurs du spatial (ex. Chine).
- Il n’existe pas encore de gouvernance algorithmique globale qui impose un échange d’éphémérides en temps réel.
Solutions technologiques et réglementaires en discussion
IA et manœuvres autonomes
SpaceX et d’autres constellations intègrent des systèmes avancés d’évitement basés sur l’IA. Ces systèmes peuvent :
- calculer les risques de conjonction,
- exécuter des manœuvres autonomes pour minimiser les risques.
Mais ces solutions ne remplacent pas la coordination inter‑constellations nécessaire pour gérer des situations multi‑acteur à l’échelle mondiale.
Initiatives internationales
À l’échelle mondiale, des organisations comme l’Union internationale des télécommunications (UIT) et des panels des Nations unies préconisent :
- un cadre réglementaire partagé pour le trafic orbital,
- des protocoles d’échange de données obligatoires entre opérateurs civils et commerciaux.
Conclusion — L’orbite basse est un bien commun sous pression
L’incident Starlink/Kinetica‑1 sert de piqûre de rappel brutal : dans un espace qui se remplit plus vite qu’il ne se régule, l’absence de coordination internationale, de standards de données et de gouvernance algorithmique n’est plus tolérable.
La question clef n’est plus si une collision majeure va arriver, mais quand.







