La Fin du “Titre de Propriété”
En 2025, l’industrie automobile franchit un seuil historique : la voiture n’est plus un bien, mais une plateforme logicielle sur roues. Ce n’est pas une simple évolution technologique, mais une mutation économique et juridique profonde.
Traditionnellement, acheter une voiture signifiait posséder l’intégralité de ses capacités mécaniques et logicielles. Aujourd’hui, le matériel (hardware) est livré avec des fonctions désactivées, que le client ne peut activer qu’en payant, souvent de manière récurrente — exactement comme un service numérique. Ce modèle s’appelle feature‑on‑demand ou voiture‑service.
Software‑Defined Vehicles : La Base du Nouveau Business Model
- Software‑Defined Vehicle (SDV) : concept clé. La voiture n’est plus définie par ses pièces, mais par des logiciels activés ou non.
- Objectif des constructeurs : créer un ARPU (revenu moyen par utilisateur) récurrent, similaire à l’industrie SaaS.
- Cela transforme chaque véhicule en une machine à cash à long terme, au lieu d’un achat unique.
Le hardware est produit une fois. Ensuite, chaque option peut être activée, désactivée ou monétisée via des abonnements ou achats à la demande. Cela réduit la complexité de production et augmente les marges logicielles, qui approchent celles des géants tech.
BMW & Mercedes : Architectes du “Paywall” Automobile
BMW ConnectedDrive : Options et Abonnements Après‑Vente
BMW propose via son ConnectedDrive Store une série d’options numériques que les propriétaires peuvent activer après achat : aides à la conduite, parking assisté, suspension adaptative, démarrage à distance, etc. Ces fonctions sont préinstallées mais restent verrouillées jusqu’à paiement.
Exemple concret :
- Sièges chauffants proposés à environ 18 €/mois ou 176 €/an, ou ~406 € à vie.
Même si BMW a reculé sur certains cas — notamment les sièges chauffants — l’entreprise maintient que les abonnements sur des services nécessitant connectivité ou maintenance cloud sont légitimes.
Mercedes‑Benz : Performance et Abonnements
Mercedes a poussé la logique encore plus loin, notamment sur ses modèles électriques EQ.
Selon des plans déjà dévoilés, l’accès à toute la puissance du moteur électrique peut nécessiter un abonnement (accélération boostée).
Mercedes propose aussi une série d’abonnements pour des options connectées (navigation, assistant de parking, mises à jour cartographiques), certains facturés mensuellement ou annuellement.
Le résultat : la voiture change de nature juridique — vous payez pour déverrouiller l’usage des fonctions même si le matériel est déjà présent dans le véhicule.
Données, Retours Marché & Statistiques
- >75 % des conducteurs s’opposent à payer des abonnements pour des fonctions déjà installées, selon des enquêtes sectorielles.
- Les véhicules modernes demeurent connectés via 4G/5G, rendant techniquement facile la gestion des abonnements OTA (Over‑The‑Air).
- Les concessions et revendeurs expriment aussi leur frustration : ce modèle rend plus difficile la vente traditionnelle et la satisfaction client.
Résistance Politique et Juridique
New York : Un Tournant Réglementaire
Face à la montée des abus perçus, l’État de New York a adopté un projet de loi interdisant le fait de placer derrière un abonnement des fonctions qui reposent uniquement sur du matériel déjà présent au moment de la vente.
- Objectif juridique : protéger la propriété du consommateur. Si l’équipement physique est présent, on ne peut pas le “désactiver” après vente sans consentement et transparence.
- Les véhicules restent toutefois soumis à des abonnements pour des services nécessitant une connectivité continue (info‑trafic, assistance à distance, services cloud).
D’autres États américains envisagent des lois similaires, signalant une possible régulation fédérale à venir.
Fronde des Consommateurs & Culture “Jailbreak”
Partout sur Internet, des communautés techniques envisagent déjà des méthodes pour déverrouiller illégalement les fonctions verrouillées par logiciel, à l’image du “jailbreak” sur smartphone.
Ces pratiques posent des enjeux :
- Sécurité routière : modification non autorisée du logiciel peut rendre les systèmes non conformes.
- Garanties constructeur : risque d’annulation de garantie.
- Éthique & légalité : contrefaçon logicielle.
The Impakt Eye
Le marché se trompe encore de débat.
La question n’est pas de savoir si les abonnements automobiles vont disparaître sous la pression des consommateurs. Ils ne disparaîtront pas. Ils vont changer de forme.
À court terme, BMW et Mercedes ont commis une erreur tactique : monétiser des fonctions purement matérielles déjà visibles par le client. Résultat logique : rejet, régulation, backlash politique. Ce modèle est fragile juridiquement et toxique pour la marque.
Mais à long terme, le mouvement est irréversible.
Pourquoi ? Parce que la valeur ne sera plus dans la fonction isolée (sièges chauffants, accélération), mais dans :
- les couches logicielles complexes (autonomie, IA embarquée, optimisation énergétique),
- les services continus (assurance dynamique, maintenance prédictive, fleet management),
- et surtout la donnée comportementale véhicule-conducteur.
Le vrai gagnant ne sera pas celui qui vend le plus d’options, mais celui qui :
- contrôle l’OS du véhicule,
- maîtrise la distribution logicielle,
- et capte la relation client sur 10 ans.
Financièrement, cela transforme l’automobile en actif hybride :
- moins cyclique,
- plus prévisible,
- valorisable comme une plateforme, non comme un industriel classique.
Les constructeurs qui échoueront à cette transition verront leurs marges comprimées et leur valorisation plafonner.
Ceux qui réussiront basculeront dans une autre ligue : celle des entreprises de mobilité logicielle, comparables à des éditeurs SaaS lourds, avec des multiples radicalement différents.
Verdict The Impakt :
👉 L’abonnement n’est pas le problème. La précipitation l’est.
Le paywall automobile survivra, mais uniquement là où le logiciel crée une valeur réelle, défendable et juridiquement propre. Les autres disparaîtront sous la contrainte réglementaire et la défiance client.
Conclusion — Vers une Voiture Freemium ?
Le modèle économique est déjà là : la voiture devient un terminal de paiement roulant.
Pour les investisseurs, c’est un jackpot : marges récurrentes, fidélisation longue durée, données clients. Mais pour les propriétaires — surtout lorsqu’il s’agit de fonctionnalités déjà présentes — c’est une régression du droit de propriété, source de critiques et de remises en cause légales.
👉 Prochaine question du marché 2026 :
Vous ne demanderez plus “quelle voiture acheter ?”, mais “à quelles options s’abonner ?”
FAQ :
Sources & Références
- McKinsey & Company — Software-Defined Vehicles
- BMW Group — ConnectedDrive & Digital Services
- Mercedes-Benz Group — Digital Vehicle & Subscription Services
- New York State Senate — Consumer Protection Bill (Automotive Subscriptions)







