Comment la Chine a contourné les barrières européennes pour conquérir le marché automobile

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Une guerre industrielle mal comprise

L’industrie automobile européenne vit un choc historique. En 2025, pendant que Volkswagen ferme sa première usine allemande depuis 88 ans, les constructeurs chinois atteignent 7,4 % de part de marché en Europe, contre 3,3 % un an plus tôt (+149 %).

Contrairement au récit dominant, cette percée ne repose pas uniquement sur la voiture électrique. Face aux droits de douane européens allant jusqu’à 45,3 % sur les BEV chinois, les groupes asiatiques ont pivoté vers une solution réglementairement invisible : l’hybride rechargeable et l’EREV.

Ce contournement n’est ni accidentel ni temporaire. Il s’appuie sur une maîtrise technologique, une agilité industrielle et une lecture froide des failles réglementaires européennes.

https://youtu.be/ig8j0xlVEAI

L’angle mort réglementaire européen : BEV surtaxés, hybrides libres

Une protection ciblée… donc contournable

Depuis octobre 2024, l’Union européenne applique des surtaxes spécifiques aux véhicules électriques à batterie (BEV) chinois :

  • BYD : ~27 % de droits cumulés
  • SAIC (MG) : jusqu’à 45,3 %
  • Moyenne UE : 7,8 % à 35,3 % + 10 % standard

Mais ces surtaxes ne concernent ni :

  • les hybrides rechargeables (PHEV),
  • ni les véhicules électriques à prolongateur d’autonomie (EREV).

👉 Résultat : un différentiel fiscal supérieur à 6 000 € par véhicule.

Exemple vérifiable (Allemagne, 2025)

  • BYD Atto 3 BEV : ~10 257 € de droits
  • BYD Seal U DM-i PHEV : ~3 999 €

Cette asymétrie a mécaniquement redirigé l’offre chinoise.

EREV et PHEV : l’arme technologique sous-estimée

Pourquoi l’EREV change la donne industrielle

Contrairement à l’hybride classique, l’EREV repose sur :

  • propulsion 100 % électrique,
  • moteur thermique non connecté aux roues,
  • rôle unique : recharge de la batterie.

Avantages clés :

  • autonomie combinée 1 000 à 1 200 km,
  • émissions stabilisées,
  • conduite électrique constante,
  • suppression de l’angoisse de recharge.

👉 Pour le consommateur européen, l’EREV résout le problème n°1 du BEV sans subir la fiscalité punitive.

Pivot stratégique chinois : les chiffres qui confirment le contournement

Entre septembre 2024 et septembre 2025 :

  • Part des PHEV dans les ventes chinoises en Europe :
    • 3 % → 29 %
  • Part des BEV :
    • 48 % → 32 %
  • Volumes totaux : en hausse

Ce n’est pas une adaptation marginale, c’est un changement de doctrine produit.

Étude de cas : qui gagne vraiment en Europe ?

BYD : efficacité, mais dépendance au volume

  • Seal U DM-i :
    • dès 34 990 €,
    • jusqu’à 323 ch,
    • PHEV n°1 en Europe (mars 2025) avec 6 276 unités.

Limite structurelle :
BYD opère avec des marges sous pression.
Son bénéfice net H1 2025 chute de 30 % malgré la hausse des ventes.

👉 BYD gagne des parts, pas encore une rente durable.

MG (SAIC) : le vrai gagnant prix/prestations

  • MG3 Hybrid+ : 197 ch, ~5,4 l/100 km
  • MG ZS Hybrid+ : SUV compact, ~6 l/100 km
  • MG EHS PHEV : 117 km électriques en ville

MG bénéficie :

  • d’une image déjà installée en Europe,
  • d’une politique tarifaire agressive,
  • d’un réseau de distribution plus mature.

👉 MG est aujourd’hui le cheval de Troie le plus efficace.

Chery / Omoda / Jaecoo : croissance explosive, test de durabilité

  • +587 % de ventes en Europe en un an
  • Jaecoo 7 : entrée directe top 6 UK (août 2025)

Mais :

  • notoriété encore faible,
  • dépendance aux distributeurs locaux,
  • exposition forte à une future consolidation chinoise.

👉 Forte traction, risque élevé de tri naturel.

La faiblesse structurelle chinoise que l’Europe sous-estime… mal

109 constructeurs, une guerre des prix suicidaire

Selon AlixPartners :

  • seuls 15 constructeurs chinois seraient viables d’ici 2030.
  • Surcapacité chronique.
  • Marges comprimées.

Même BYD :

  • ventes domestiques en baisse 4 mois consécutifs (été 2025),
  • objectif annuel revu à la baisse (-16 %).

👉 La Chine exporte aussi sa crise interne.

Pourquoi l’Europe a mal calibré sa défense

Une “Ligne Maginot” technologique

L’UE a protégé :

  • un type de motorisation,
  • pas une chaîne de valeur.

Erreurs clés :

  • surtaxer le BEV sans approche cycle de vie,
  • ignorer l’agilité produit chinoise,
  • sous-estimer la vitesse d’exécution asiatique.

Les cycles européens :

  • 48–60 mois
    Les cycles chinois :
  • 24–30 mois

👉 À ce rythme, la régulation arrive toujours en retard.

Conclusion — L’Europe n’est pas condamnée, mais le temps joue contre elle

La percée chinoise en Europe n’est ni un accident ni une simple question de prix.
C’est le résultat :

  • d’un contournement réglementaire rationnel,
  • d’une avance sur les batteries,
  • d’une exécution industrielle plus rapide.

L’Europe conserve des atouts réels : ingénierie, marques premium, marché intérieur de 12 millions de véhicules/an.
Mais sans correction rapide :

  • du cadre réglementaire,
  • de la vitesse d’innovation,
  • et de la stratégie batterie/logiciel,

elle risque de devenir un assembleur local de technologies étrangères.

👉 La question n’est plus “si”, mais “à quelle vitesse” l’Europe s’adapte.

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