L’IA dévore de l’énergie, de l’eau et de la puissance de calcul. Les data centers terrestres saturent, les réseaux électriques craquent, et les coûts explosent. Pendant que la Terre arrive à ses limites, une nouvelle option prend forme : déplacer le calcul dans l’espace.
Avec Starcloud, Google, SpaceX ou Thales, l’orbite basse est en train de devenir un nouvel espace industriel stratégique : solaire 24/7, refroidissement naturel, zéro foncier, et capacité illimitée.
Starcloud-1 : le premier GPU H100 en orbite
Le vrai basculement arrive en novembre 2025 : Starcloud-1, un satellite de 60 kg, devient le premier engin spatial équipé d’un NVIDIA H100 — près de 100× plus puissant que tout ce qui avait volé jusqu’ici.
Ce satellite n’est pas un gadget.
Il sert déjà à :
- exécuter des modèles de vision et segmentation directement en orbite ;
- analyser des données SAR en temps réel ;
- tester des modèles de langage Gemma hors de l’atmosphère ;
- réduire massivement la descente de données (TO de bruts → quelques kilo-octets d’insights).
L’idée est simple : penser dans l’espace, transmettre uniquement ce qui compte.

Starcloud-2 (2026) : le premier mini-cloud spatial
Starcloud enchaîne dès 2026 avec Starcloud-2, un véritable cluster GPU en orbite.
À bord :
- plusieurs accélérateurs (multi-GPU),
- un stockage persistant,
- des liaisons optiques 24/7,
- un système thermique propriétaire,
- un accès « cloud » pour satellites ou clients terrestres.
Partenariat clé : Crusoe, qui prévoit d’ouvrir les premières instances GPU orbit-as-a-service dès 2027.
C’est la première brique d’un cloud spatial commercial.

Pourquoi monter tout ça dans l’espace ? Les avantages physiques
L’espace n’est pas un coup marketing : ses propriétés physiques sont imbattables pour l’IA.
1. Énergie solaire continue
En orbite héliosynchrone, pas de nuit, pas de météo. Les panneaux tournent en charge > 90 % du temps.
2. Refroidissement naturel par le vide
Le vide spatial agit comme un radiateur géant. Pas d’eau, pas de tours aéroréfrigérantes.
→ coûts massifs en moins.
3. Aucune contrainte terrestre
Plus de problème de foncier, de permis, de raccordement HV, de protestations locales.
→ l’espace est un terrain neutre, scalable, souverain.
4. Un edge computing global pour les satellites
La latence inter-satellites devient minuscule.
→ analyse plus rapide, retasking automatique, meilleure exploitation des constellations.
Des applications business immédiates
Observation de la Terre (EO)
C’est le premier marché viable.
Avec un GPU en orbite, les constellations peuvent :
- détecter incendies / inondations en temps réel,
- filtrer les images inutiles,
- fusionner plusieurs capteurs (SAR + optique),
- exécuter du « tip-and-cue » automatique (un satellite en retask un autre).
L’EO passe du pipeline « bent-pipe » au compute fabric orbital.
Stockage souverain orbital
Des pays ou institutions pourront stocker :
- archives stratégiques,
- modèles IA critiques,
- données sensibles,
- sauvegardes hautement résilientes.
Un tiers de confiance extracontinental.
Entraînement IA à grande échelle
L’énergie est continue, gratuite, illimitée.
Les clusters orbitaux pourraient entraîner des modèles géants sans perturber les réseaux terrestres.
Bezos, Musk, Google, Schmidt convergent tous vers la même vision :
l’espace deviendra une zone d’entraînement IA massive dans les 10–20 ans.
Les défis techniques : la réalité frappe
Tout n’est pas rose. L’orbite impose ses lois.
• Dissipation thermique
Un data center de 1 MW nécessite ≈ 6 000 m² de radiateurs.
Starcloud vise 5 GW → structures de plusieurs kilomètres.
• Radiation
Bitflips, latch-ups, dégradation mémoire, SSD instables.
Le durcissement coûte cher, la fiabilité n’est pas garantie.
• Maintenance impossible
Pas de technicien à 400 km d’altitude.
Tout doit être redondé, autonome, robotisable, désorbitable.
• Latence pour les usages “web”
20–40 ms Terre ↔ LEO.
Très bien pour IA, lourds workloads.
Pas pour HFT, gaming ou bases de données temps réel.
Europe : souveraineté ou dépendance ?
L’Europe se réveille.
Avec ASCEND (ESA), Thales Alenia Space, Airbus, EDGX, le continent veut :
- 1 GW de compute orbital avant 2050,
- réduire la dépendance aux hyperscalers US,
- intégrer l’infrastructure spatiale dans l’AI Act.
Scénario européen :
soit on suit Starcloud/Google/SpaceX, soit on construit notre propre couche orbitale souveraine.
2050 : à quoi ressemble un cloud orbital mature ?
Si les prix du lancement tombent < 50 $/kg (Starship), alors l’avenir ressemble à ça :
- grandes stations orbitales robotisées,
- racks interchangeables,
- radiateurs kilométriques déployés automatiquement,
- satellites EO et compute en mesh,
- tip-and-cue autonome entre constellations,
- hybridation totale : orbite pour la rapidité, Terre pour la profondeur.
L’espace devient une troisième couche du cloud mondial, entre le edge terrestre et les hyperscalers.
Les data centers orbitaux ne remplacent pas les infrastructures terrestres — mais ils ouvrent un espace entièrement nouveau : neutre, froid, solaire, scalable, et parfaitement aligné avec les besoins énergétiques de l’IA.
Le vrai sujet n’est plus la techno.
C’est la géopolitique de l’infrastructure.
Qui contrôlera cette nouvelle couche du cloud : les États, les hyperscalers, ou ceux qui iront les premiers en orbite ?
Sources :
- NASA – NTRS
https://ntrs.nasa.gov/ - ESA – ASCEND
https://www.esa.int/ASCEND - NVIDIA Technical Blog
https://developer.nvidia.com/blog/ - SpaceX – Starship User Guide
https://www.spacex.com/media/starship_users_guide.pdf - DataCenterDynamics
https://www.datacenterdynamics.com/







