Du Flash Crash de 2010 à l’IA d’aujourd’hui : comment les algorithmes menacent la stabilité des marchés

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Flash Crash 2010 : comment Wall Street a perdu le contrôle en 36 minutes

Le 6 mai 2010, à 14h45, le Dow Jones s’effondre de 998 points en quelques minutes. Des actions solides s’échangent à un centime. D’autres à 100 000 dollars. Les écrans deviennent incohérents. Les traders regardent, impuissants.

Personne n’a appuyé sur un bouton rouge.

Ce jour-là, le marché n’a pas chuté.

Il a brièvement cessé d’exister.

Le Flash Crash de 2010 n’est pas une anomalie. C’est un avertissement structurel : quand les marchés deviennent trop rapides, trop automatisés et trop fragmentés, l’humain disparaît de la boucle.

Quinze ans plus tard, en 2025, la question n’est plus de savoir si cela peut se reproduire, mais à quelle vitesse.

Timeline

Avant le crash : un marché déjà sous tension

Début mai 2010, le contexte est fragile. La crise de la dette grecque inquiète les investisseurs. Les marchés américains reculent déjà de près de 4 % dans l’après‑midi du 6 mai.

Mais le vrai changement est ailleurs.

En 2010, le trading haute fréquence (HFT) représente déjà environ 70 % des volumes sur les grandes places américaines. Les teneurs de marché humains se sont retirés. À leur place : des algorithmes capables de placer et d’annuler des milliers d’ordres par seconde.

Ils donnent une impression de liquidité abondante.

En réalité, cette liquidité est conditionnelle.

Tant que tout va bien, elle est là. Dès que le stress apparaît, elle disparaît.

La liquidité : une illusion bien entretenue

Les carnets d’ordres semblent profonds. Les spreads sont serrés. Le marché paraît stable.

Mais cette stabilité repose sur des ordres qui n’ont aucune intention de rester.

Lorsque les prix commencent à baisser le 6 mai, les algorithmes ne se contentent pas de vendre. Ils retirent aussi leurs ordres d’achat pour se protéger.

Résultat :

  • plus de contrepartie
  • plus de profondeur
  • plus de prix fiable

Le marché se vide.

Ce n’est pas une panique classique. C’est un effondrement de la liquidité.

Regardez cette vidéo pour comprendre minute par minute le Flash Crash et l’impact de l’IA aujourd’hui

Le déclencheur : un ordre massif dans un marché fragile

Vers 14h30, un acteur institutionnel lance un ordre de vente d’environ 75 000 contrats E‑Mini S&P 500, pour plusieurs milliards de dollars.

En temps normal, le marché absorbe.

Ce jour-là, il amplifie.

Les algorithmes interprètent la baisse comme un signal d’information cachée.

Personne ne sait rien.

Mais tout le monde vend.

Chronologie clé

  • 14h30 : début de la vente massive
  • 14h42 : Dow −300 points
  • 14h45–14h52 : phase critique, −600 points supplémentaires
  • 14h57 : rebond brutal

En 36 minutes, le chaos est total.

Quand les machines appellent les machines

Chaque algorithme agit rationnellement selon ses règles.

Collectivement, ils produisent une irrationalité systémique.

Des millions de décisions individuelles, prises en microsecondes, créent une dynamique que personne ne contrôle.

Les algorithmes n’ont pas paniqué. Ils ont obéi.

Des prix absurdes, symptôme du vide

Pendant le crash :

  • plus de 20 000 transactions à des prix aberrants
  • des actions solides à 0,01 $
  • d’autres à 100 000 $

Ce ne sont pas de mauvais prix.

Ce sont des non‑prix.

Quand la liquidité disparaît, le marché ne découvre plus la valeur. Il affiche du bruit.

Pourquoi les humains ont perdu le contrôle

À cette vitesse, aucun trader ne peut intervenir.

Aucun superviseur ne peut comprendre en temps réel.

Les marchés opèrent sur une échelle de temps incompatible avec la cognition humaine.

C’est là la vraie rupture de 2010.

Qui a vraiment perdu de l’argent

Le marché rebondit rapidement. En clôture, les indices ne sont « que » −3 %.

Mais les pertes sont réelles.

Des ordres exécutés au pire moment.

Des positions liquidées automatiquement.

Pour les investisseurs à effet de levier, le flash crash a signifié l’insolvabilité instantanée.

L’enquête officielle : un problème structurel

Le rapport SEC/CFTC est clair :

  • pas de fraude
  • pas de manipulation
  • pas de coupable unique

Le problème, c’est l’architecture du marché.

Fragmentation, vitesse, interdépendance invisible.

Un système optimisé pour l’efficacité, pas pour la résilience.

Les rustines réglementaires : circuit breakers

Après 2010, les régulateurs réagissent :

  • pauses automatiques sur les actions
  • mécanismes Limit Up / Limit Down

Ces outils ralentissent.

Ils n’empêchent pas.

Ils gagnent du temps, ils ne changent pas le modèle.

Knight Capital 2012 : la leçon ignorée

Deux ans plus tard, Knight Capital perd 440 millions de dollars en 45 minutes.

Un bug logiciel.

Un ancien module réactivé.

Des millions d’ordres absurdes.

Les circuit breakers ne se déclenchent pas.

Pourquoi ?

Parce que le système surveille les prix, pas les comportements.

Knight survit de justesse grâce à un sauvetage bancaire.

Le risque systémique était réel.

2025 : des algorithmes plus rapides, plus opaques

En 2010, les règles étaient simples.

En 2025, les algorithmes :

  • apprennent seuls
  • analysent l’actualité mondiale
  • optimisent leurs stratégies en continu

Même leurs concepteurs ne peuvent pas toujours expliquer leurs décisions.

La boîte noire est devenue la norme.

Quand les IA apprennent ensemble

Même données.

Mêmes modèles.

Mêmes signaux.

Résultat : décisions corrélées.

Les conditions exactes d’un nouveau flash crash.

Le vrai constat

  • Plus de 80 % du trading US est automatisé
  • La vitesse continue d’augmenter
  • La compréhension humaine diminue
  • Les incitations économiques n’ont pas changé

Tout le monde sait.

Personne ne transforme le système.

Conclusion : un avertissement toujours ignoré

Le flash crash de 2010 n’était pas une anomalie.

C’était un test.

Et nous l’avons échoué.

Les marchés sont plus rapides, plus opaques, plus interconnectés.

La question n’est plus s’il y aura un prochain flash crash.Mais à quelle vitesse il se produira — et qui sera encore capable de comprendre ce qui se passe.

Sources & références

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