Une Chute Structurale de la Production Automobile (1990-2024)
L’industrie automobile française traverse une crise structurelle profonde. Il fut un temps où la France figurait parmi les trois premiers producteurs mondiaux. En 1990, elle fabriquait environ 4 millions de véhicules par an. Aujourd’hui, la production est tombée à moins de 910 000 voitures légères en 2024 selon l’OICA, soit une chute de 75 % sur 34 ans. Cette analyse examine les causes du déclin, l’impact sur l’emploi et la compétitivité, et les enjeux du virage électrique pour des acteurs comme Stellantis.
L’Effondrement des Volumes et le Déclin du Rang Mondial
Une Chute Continue depuis 1990
La baisse de la production automobile française n’est ni conjoncturelle ni récente. Elle s’inscrit dans une tendance longue :
| Année | Production (voitures légères) | Rang mondial | Éléments clés |
| 1990 | ≈ 4,0 millions | Top 3 | Pic historique, chaînes de valeur complètes |
| 2010 | ≈ 2,2 millions | ≈ 10e | Fermetures d’usines, concurrence Espagne/Europe de l’Est |
| 2023 | ≈ 1,45 million | Hors Top 10 | Chute post-COVID, pénurie semi-conducteurs |
| 2024 | ≈ 0,91 million | Hors Top 10 | Niveau historiquement bas |
Analyse : le recul est majoritairement lié à la délocalisation vers l’Europe de l’Est et le Maghreb dès les années 2000, aux coûts salariaux inférieurs et aux incitations fiscales.
Stellantis : Réduction de Production et Impact sur l’Emploi
Des Chiffres Alarmants pour les Sites Français
Le groupe Stellantis, fusion PSA/Fiat Chrysler, a revu à la baisse sa production française pour 2024 :
- Prévision initiale : 766 000 véhicules
- Révision : 605 000 véhicules (-20 %)
- Projection syndicale : < 590 000 unités d’ici 2028
Conséquences Locales
- Poissy (Île-de-France) : production en baisse de 90 000 à 55 000 unités entre 2025 et 2028.
- Douvrin (moteurs thermiques) : seulement 50 salariés transférés vers la ligne de batteries ACC.
- Stellantis emploie plus de 50 000 personnes en France, un indicateur clé du tissu économique local.
La Réindustrialisation en Ralentissement
- En 2024, le baromètre industriel a enregistré 5 fermetures nettes d’usines (119 fermetures vs 114 ouvertures).
- L’automobile, aux côtés de la plasturgie et de la mécanique, figure parmi les secteurs les plus touchés.
- L’emploi industriel net a reculé de plus de 60 % sur l’année.
Conclusion intermédiaire : la réindustrialisation est en panne, et l’industrie peine à compenser le recul des sites historiques.
Transition Électrique : Une Bataille de Valeur et Non de Volume
- La France mise sur le haut de gamme et l’électrique, mais le pari reste risqué.
- Dépendance accrue à l’étranger pour batteries et semi-conducteurs.
- Retard par rapport à l’Allemagne sur la production de véhicules électriques et les gigafactories.
- Les réglementations environnementales augmentent le coût des véhicules thermiques, réduisant la compétitivité française sur le marché international.
Insight : le combat industriel n’est plus le volume mais la valeur ajoutée par véhicule, un choix stratégique mais insuffisant si la base industrielle continue de s’éroder.
Conclusion : L’Urgence d’une Stratégie Mixte Volume + Valeur
- La chute de 75 % de la production depuis 1990 met en péril l’emploi et la compétitivité.
- Pour réussir le virage électrique, la France doit investir massivement dans la R&D, la fabrication de batteries et la modernisation des lignes de production.
- Une politique industrielle européenne coordonnée est essentielle pour préserver l’autonomie stratégique.
Question finale pour le lecteur : la France parviendra-t-elle à réconcilier volume, valeur et souveraineté industrielle dans l’ère électrique ?







